En ce qui concerne les déplacements, il ya les bus (très lents)
et l'avion
(pour lequel un étranger paiera 10x le prix). Une autre solution : les
voitures
particulières. Chaque ville dispose ainsi d'un ou plusieurs
points de départ auprès desquels il est possible de se joindre
à un groupe de
personnes (maximum 4) partant
dans la même direction. Cette solution est légèrement plus
onéreuse que le bus
mais présente plusieurs
avantages : le chauffeur vous dépose où vous le souhaitez dans la
ville de
destination, les voitures sont plus
rapides et plus confortables que le bus. Mais il faut encore avoir le flair et
choisir un chauffeur (pour
autant que cela soit possible) qui va vous permettre de passer les
différents
points de contrôle sans encombre.
Le principal inconvénient de cette méthode est la
difficulté de localiser le
point de départ vers une
destination précise. Dans les petites villes (comme Kokand), ce n'est
pas trop
difficle, il s'agira du bazar ou
de la gare routière. Dans les villes plus importantes, il y aura une
série de
points de ralliement... mais il
est très difficile des les connaître car ils ne sont
renseignés nulle part.
Si l'on souhaite rencontrer des Ouzbèk et discuter avec eux, la solution
la
plus simple consiste à traîner du
côté des universités. Tôt ou tard, vous serez
abordé par des étudiants désireux
de pratiquer leur anglais (ou
toutes autres langues étrangères). C'est bien entendu plus
évident de faire
cela si vous voyagez seul !
C'est à Samarcande que j'ai logé dans le plus sympathique B&B.
L'endroit était
situé à 2,5 km du Régistan. La
famille dans laquelle je séjournais était uniquement
composée de femmes (tout
comme à Tachkent). Elle était
tadjike. Samarcande et Boukhara comptent d'importantes minorités
tadjikes, à un
point tel qu'une certaine
partie de l'intelligentsia tadjike estime que ces 2 villes auraient du
être
rattachées au Tadjikistan et non à
l'Ouzbékistan lors de la découpe du Turkestan russe par les
Soviétiques. Les
langues véhiculaires dans la
région sont l'ouzbek, le tadjik et le russe (la lingua franca). La
maison était
vaste et une aile entière
permettait de loger jusqu'à 7 personnes. Cette famille avait un grand
sens de
l'hospitalité et se caractérisait
par une gentillesse que je n'ai plus rencontrée dans les autres
logements que
j'ai fréquentés en Ouzbékistan.
Dans une cour intérieure étaient cultivées des vignes. Les
raisins étaient
dégustés avec du thé, des biscuits
et des fruits secs. Les fruits de la vigne étaient également
transformés de
facon artisanale en... vin. Lors
d'une séance de dégustation de cette production artisanale, la
mère but à la
santé... d'Omar Khayam. J'avais lu
(ou plutôt dévoré) l'oeuvre d'Amin Maalouf "Samarcande"
mais je ne me doutais
pas qu'il était encore si présent
dans la vie quotidienne des habitants.
Lors des déplacements par route, il y a de nombreux contrôles.
Les raisons de
ces contrôles serrés sont multiples, principalement une
recrudescence des
attaques des membres
du Mouvement Islamique Ouzbek (réfugiés en Afghanistan). La
situation
géopolitique de la région est
particulièrement complexe. Les Talibans (contrôlant la majeure
partie de
l'Afghanistan) sont de grands
producteurs de drogue. Ils ont besoin de routes pour le transport de celle-ci.
Or ces routes passent par
l'Ouzbékistan. Des attaques ont déjà eu lieu dans la
région ouzbek bordant la
frontière afghane.
Le Tadjikistan a des frontières communes avec l'Ouzbékistan et
l'Afghanistan,
mais le gouvernement tadjik n'a
pour ainsi dire plus aucun contrôle sur son propre territoire, qui est
utilisé
par les Talibans et autres
rebelles islamistes pour attaquer (et s'emparer de) la vallée de la
Fergana,
une oasis de verdure au milieu des
déserts d'Asie Centrale. Notons que près de 70% de la population
de la Fergana
seraient wahhabites, donc
sensibles aux thèses islamistes.
Peu après l'indépendance, des cours de religion musulmane furent
organisés un
peu partout... avec les dérives
que l'on peut imaginer. La réaction du gouvernement fut radicale :
suppression
de tous les cours de religion et
interdiction de toute forme d'opposition, même celle qui était
modérée. On peut
se demander si cette
interdiction de l'opposition modérée est vraiment une bonne
idée...
Des attentats ont déjà eu lieu à Tachkent. De nombreux
analystes estiment que
le situation ne pourra qu'empirer
tant que la population ouzbek continuera à s'appauvrir et que toute forme
d'opposition (même modérée) sera
interdite et combattue.
D'autres experts estiment que les attaques actuelles contres les
postes-frontières ouzbek ne seraient que les
préludes (destinés à tester les capacités de
réactions de l'armée) à une
offensive de grande envergure
(financée entre autre par Ousama Ben Ladem).
Les forces armées des différents pays d'Asie Centrale ne semblant
pas être en
mesure de résister à une attaque
des Talibans, elles reçoivent une aide matérielle des USA et de
la Russie,
cette dernière étant des plus
réticentes à envoyer des hommes dans la région.
Notons que les richesses du sous-sol ne sont pas étrangères
à l'agitation dans
la région. Bref, le
Grand Jeu
(qui a débuté il plus d'un siècle) n'est pas
terminé. (note finale : ce n'est
bien entendu qu'un bref résumé de
la situation dont beaucoup d'enjeux nous échappent.)
Toujours lors des déplacements par route, il arrive fréquemment
de passer via
un pays tiers. Par exemple, la route Tachkent-Samarkand passe par le
Kazakhstan, Boukhara-Khiva via le Turkménistan. Les bus réguliers
à destination
de la Fergana traverse le Tadjikistan. En cause le tracé des
frontières qui a
été effectué par les Russes (qui ne correspond à
aucune unité géographique,
ethnique ou linguistique) du temps de l'URSS. la route Tachkent - Samarcande via le Kazakhstan, la route.
Nombre de voitures roulent avec des pneus fort lisses... et des pares-brises
fêlés. Les bus ne guère logés à une meilleur
enseigne.
Le culte de la personnalité semble être encore de mise en
Ouzbéksitan.....